
Auszüge aus „Dizziness of Doubt“, einer Untersuchung über das Shaken-Baby-Syndrom und seine Kontroversen: „Die Debatte schien mir verboten, beschlagnahmt. Daher verdächtig.“
https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/10/05/extraits-du-vertige-du-doute-une-enquete-sur-le-syndrome-du-bebe-secoue-et-ses-controverses-le-debat-m-a-semble-interdit-confisque-suspect-donc_6644520_1650684.html
Von SnakeMajin
Ein Kommentar
[Dans Le Vertige du doute (Les Arènes, 288 pages, 22 euros), à paraître le 9 octobre, la journaliste Sophie Tardy Joubert raconte son enquête sur le syndrome du bébé secoué qu’elle a menée pendant cinq ans. Pour explorer la vive controverse scientifique entourant cette forme de maltraitance des tout-petits, elle a assisté à des procès et des colloques, et a rencontré de nombreuses familles, médecins, avocats…]
Devant le banc des parties civiles, les parents ont posé un portrait de leur enfant, grand format. Deux billes bleues, immenses, dans le visage d’un bébé qui semble vous prendre à partie. Le procès d’assises qui s’ouvre [en décembre 2023] à Nanterre va durer une semaine. Chaque jour, les jurés, le président, ses deux assesseurs et l’avocat général dans leur robe bordée d’hermine devront faire face à cet enfant, mort à l’hôpital Necker à l’âge de 11 mois. C’est la première fois que je vois la photo du défunt au cœur d’une cour d’assises. Le président n’a pas pu refuser cela au couple qui se tient, tout en noir, sur le banc des parties civiles. Les médecins qui ont pris en charge le petit Augustin ont conclu de manière catégorique qu’il avait succombé au syndrome du bébé secoué. A deux mètres à peine du portrait d’Augustin, une femme est assise sur le banc des accusés. Elle s’appelle Noura B., a une cinquantaine d’années. Elle est mère de cinq enfants et assistante maternelle depuis la fin des années 1980. Elle a gardé des bébés presque toute sa vie.
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Noura B. est-elle une criminelle déguisée en parfaite professionnelle ?
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Ou est-elle accusée à tort, victime d’un excès de certitude médicale, comme le prétendent ses avocats ?
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Lorsque la cour revient et annonce que Noura B. est acquittée, tout le monde pleure, de colère ou de soulagement. « Vous voyez, maître, je ne pouvais pas être condamnée puisque je n’ai rien fait », souffle Noura à son avocate, une femme de l’âge de sa fille. Une semaine plus tard, deux jours avant Noël, le parquet fait appel de l’acquittement. Noura B. sera rejugée.
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D’après la presse quotidienne régionale, des procès comme celui de Noura B. se tiennent chaque semaine dans les palais de justice de France. Quand j’assiste à cette audience, j’en ai déjà vu plusieurs. Chaque fois, les cours d’assises sont saturées d’émotion, clivées à l’extrême. Chaque fois, les experts se succèdent, délivrent des certitudes. Presque aussi souvent, les accusés nient de bout en bout.
Des débats d’experts
A Lille, une association de protection de l’enfance organise, avec le CHU, des Etats généraux de l’enfance en danger [en juin 2021], une journée de colloque réservée aux professionnels de la justice et aux travailleurs sociaux. Une partie importante des débats est consacrée au syndrome du bébé secoué.
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Lors d’une conférence, un professeur de médecine légale de Strasbourg, Jean-Sébastien Raul, expose les fondements scientifiques du diagnostic. Ce médecin, expert judiciaire, intervient régulièrement dans les affaires de SBS [syndrome du bébé secoué]. Il est l’auteur d’une thèse sur les forces physiques nécessaires pour produire les saignements intracrâniens. Devant une salle comble, il noircit un tableau blanc de racines carrées et d’équations à plusieurs inconnues. Je regarde autour de moi, échange quelques mots avec mes voisins, magistrats ou éducateurs : personne n’arrive à suivre. En fin d’exposé, pour détendre l’atmosphère, il diffuse deux vidéos. La première est un baptême géorgien. Un minuscule bébé est vivement retourné dans tous les sens au-dessus d’un bassin rempli d’eau. L’enfant boit la tasse, panique. La vidéo est angoissante, presque insoutenable. « Ne vous inquiétez pas, assure le professeur, cet enfant va très bien. »
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La science, d’après lui, est limpide : seul un adulte excédé prenant un enfant sous les aisselles et le secouant violemment, en faisant basculer la tête du bébé d’avant en arrière, produit la force nécessaire pour faire saigner le cerveau d’un enfant. Seul autre cas de figure, selon le légiste : un accident de voiture ou une chute de plusieurs étages. Et quelques diagnostics différentiels de pathologies pouvant provoquer des lésions similaires, tellement rares qu’il ne s’y arrête pas vraiment.
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En fin de journée, j’assiste à un dernier atelier, dont le titre, « Lutter contre les fake news », m’intrigue. Il est animé par Matthieu Vinchon, l’organisateur du congrès. Le neurochirurgien estime qu’un petit groupe de médecins « dénialistes » sévit et jette le discrédit sur une science solide.
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L’avocat Grégoire Etrillard est présenté comme leur chef de file, décrit comme un homme prêt à défendre n’importe qui par appât du gain.
Je quitte Lille l’esprit embrouillé, gênée par le mélange des genres. D’un côté, les interminables suites d’opérations écrites par le professeur Raul sur un tableau blanc. De l’autre, les vidéos d’authentiques scènes de maltraitance, présentées comme des rites loufoques et amusants pour détendre l’atmosphère. Ni l’un ni l’autre, à mon sens, n’ont pu permettre à l’assistance de se forger un avis. Ce n’était sans doute pas l’enjeu : la conférence m’a surtout semblé opposer des « bons » et des « méchants » médecins. La violence avec laquelle ceux qui contredisent le consensus ont été présentés me désarçonne.
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Le débat m’a semblé interdit, confisqué. Suspect, donc.
(Suite en commentaire)