L’ambiance feutrée de la Rue Cambon est bousculée. *« C’est l’effervescence sur nos boucles de discussions »*, relate un magistrat financier après l’annonce, lundi 9 février, de la nomination à venir d’Amélie de Montchalin comme première présidente de la Cour des comptes. Une nomination politique qui alimente les inquiétudes en interne quant à l’impartialité et au positionnement futurs de l’institution. L’actuelle ministre de l’action et des comptes publics se trouve placée à la tête d’une maison qui aura son mot à dire sur les budgets que cette économiste a elle-même fait adopter, mais aussi sur des politiques qu’elle a portées à Bercy ou dans ses précédentes fonctions ministérielles.
Dès l’annonce du nom de la successeure de Pierre Moscovici, des magistrats se sont ainsi transmis le message publié sur X par Eric Coquerel, dans lequel il demande *« solennellement »* à Emmanuel Macron de *« revenir »* sur son choix de nommer l’une de ses fidèles. *« La Cour et le HCFP* [Haut Conseil des finances publiques] *qu’elle présiderait automatiquement ne peuvent souffrir du soupçon légitime d’être juge et partie »*, a critiqué le président (La France insoumise) de la commission des finances de l’Assemblée nationale.
*« Tout soupçon sera légitime sur les travaux de la Cour »*, a-t-il renchéri, mardi 10 février, quand le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, affirme que sa collègue *« saura gouverner cette institution en toute indépendance »*. Amélie de Montchalin *« a démontré qu’elle œuvrait uniquement pour l’Etat et pas pour les intérêts partisans »*, a abondé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, face aux critiques des oppositions lors des questions au gouvernement. *« Nommer une macroniste, c’est confier le contrôle de l’argent des Français à ceux qui ont vidé les caisses »*, avait précédemment lancé le député Rassemblement national (RN) du Gard Yoann Gillet.
# « Politisation de la Cour »
Les craintes sont aussi palpables au sein de l’institution, où certains anticipent des situations de conflits d’intérêts. *« C’est la stupeur qui l’emporte et l’inquiétude d’une politisation de la Cour qui va devoir rendre compte des politiques dispendieuses menées pendant près de dix ans avec à sa tête une de ses artisanes principales »*, tonne l’un de ses membres, qui, comme ses collègues, souhaite rester anonyme.
Pas de fronde en vue néanmoins. *« Nous ne contestons pas ses compétences et Amélie de Montchalin sera la bienvenue »*, tempère une de ses collègues. Mais, estime-t-elle, *« sa position ne sera pas simple à tenir en matière d’indépendance »* : *« Quelle sera désormais la perception de nos travaux sur la politique économique et budgétaire de la Macronie ? »* A ses yeux, la réception des avis du HCFP sur les trajectoires financières, tout comme sur les prochains budgets, pourrait également s’en trouver affectée.[](https://www.lemonde.fr/newsletters/politique/)Les soutiens de la ministre sortante rétorquent que d’anciens membres de gouvernement ont, eux aussi, été nommés à la tête de la Rue Cambon. Ce fut le cas de Pierre Joxe et de Philippe Séguin, respectivement premiers présidents de la Cour des comptes de 1993 à 2001 et de 2004 à 2010.
La comparaison a toutefois des limites. Alors que la nomination de Philippe Séguin est intervenue plus de quinze ans après qu’il a été ministre des affaires sociales et de l’emploi (1986-1988), Pierre Joxe venait, quant à lui, du ministère de la défense. Des situations moins problématiques, dit-on au sein de l’institution, que celle d’Amélie de Montchalin qui, de par ses fonctions, est intervenue dans la préparation et l’exécution des budgets de tous les ministères. La dernière expérience ministérielle de Pierre Moscovici, comme ministre de l’économie (2012-2014), remontait, elle, à six années avant sa nomination à la tête de l’institution.
Wild_Haggis_Hunter on
Pardon la République, mais est-ce qu’on pourrait convenir un jour de manière transpartisane, que les ***nominations à vie*** n’ont plus rien à faire dans le fonctionnement d’institutions démocratiques modernes ?
Nota : j’adore la référence de l’article mentionnant que ce cas de figure n’est pas inédit puisqu’il a déjà eu lieu UNE FOIS en 1807 après que le ministre soit révoqué pour une faute de gestion. C’est ce que j’appelle du journalisme taquin.
IntelArtiGen on
> Marc Fesneau, le président des députés du MoDem : On est désolé, mais j’imagine que si Jean-Luc Mélenchon était président de la République, peut-être nommerait-il plutôt Eric Coquerel qu’Amélie de Montchalin et il trouverait normal de le faire.
„les autres pourraient faire des choix tout autant mauvais que les notres“
Ok mais c’est pas une bonne justification en fait. Et après ils s’étonnent d’avoir de moins en moins de vote à chaque élection, c’est comme s’ils disaient „si vous êtes pas contents fallait voter pour les autres“.
> Les « fondations » de l’institution restent « solides »
Les fondations de toutes les institutions de la République c’est la crédibilité que le peuple leur accorde. Montchalain n’a même pas réussi à devenir député en terme de crédibilité donnée par le peuple. Et je ne sais pas très bien qui va croire à sa neutralité vu son parcours et son travail sur les précédents budgets.
spiritoftg on
L’argument avancé par la Macronie qu’un politique peut être président de la cour des comptes ne tient pas : Séguin et Joxe avait des qualités intellectuelles et une indépendance d’esprit avérées. Séguin, Miguaud, Joxe, Mosco étaient surtout des politiques en fin de carrière qui n’attendaient plus grand chose.
Ps : ça me fume de voir encore une fois, que Sarko, un des pires président de notre histoire, une raclure de bidet sur bien des plans, s’est montré beaucoup plus démocrate et respectueux des institutions au cours de son mandat qu’un autre président soi-disant „modéré“
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L’ambiance feutrée de la Rue Cambon est bousculée. *« C’est l’effervescence sur nos boucles de discussions »*, relate un magistrat financier après l’annonce, lundi 9 février, de la nomination à venir d’Amélie de Montchalin comme première présidente de la Cour des comptes. Une nomination politique qui alimente les inquiétudes en interne quant à l’impartialité et au positionnement futurs de l’institution. L’actuelle ministre de l’action et des comptes publics se trouve placée à la tête d’une maison qui aura son mot à dire sur les budgets que cette économiste a elle-même fait adopter, mais aussi sur des politiques qu’elle a portées à Bercy ou dans ses précédentes fonctions ministérielles.
Dès l’annonce du nom de la successeure de Pierre Moscovici, des magistrats se sont ainsi transmis le message publié sur X par Eric Coquerel, dans lequel il demande *« solennellement »* à Emmanuel Macron de *« revenir »* sur son choix de nommer l’une de ses fidèles. *« La Cour et le HCFP* [Haut Conseil des finances publiques] *qu’elle présiderait automatiquement ne peuvent souffrir du soupçon légitime d’être juge et partie »*, a critiqué le président (La France insoumise) de la commission des finances de l’Assemblée nationale.
*« Tout soupçon sera légitime sur les travaux de la Cour »*, a-t-il renchéri, mardi 10 février, quand le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, affirme que sa collègue *« saura gouverner cette institution en toute indépendance »*. Amélie de Montchalin *« a démontré qu’elle œuvrait uniquement pour l’Etat et pas pour les intérêts partisans »*, a abondé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, face aux critiques des oppositions lors des questions au gouvernement. *« Nommer une macroniste, c’est confier le contrôle de l’argent des Français à ceux qui ont vidé les caisses »*, avait précédemment lancé le député Rassemblement national (RN) du Gard Yoann Gillet.
# « Politisation de la Cour »
Les craintes sont aussi palpables au sein de l’institution, où certains anticipent des situations de conflits d’intérêts. *« C’est la stupeur qui l’emporte et l’inquiétude d’une politisation de la Cour qui va devoir rendre compte des politiques dispendieuses menées pendant près de dix ans avec à sa tête une de ses artisanes principales »*, tonne l’un de ses membres, qui, comme ses collègues, souhaite rester anonyme.
Pas de fronde en vue néanmoins. *« Nous ne contestons pas ses compétences et Amélie de Montchalin sera la bienvenue »*, tempère une de ses collègues. Mais, estime-t-elle, *« sa position ne sera pas simple à tenir en matière d’indépendance »* : *« Quelle sera désormais la perception de nos travaux sur la politique économique et budgétaire de la Macronie ? »* A ses yeux, la réception des avis du HCFP sur les trajectoires financières, tout comme sur les prochains budgets, pourrait également s’en trouver affectée.[](https://www.lemonde.fr/newsletters/politique/)Les soutiens de la ministre sortante rétorquent que d’anciens membres de gouvernement ont, eux aussi, été nommés à la tête de la Rue Cambon. Ce fut le cas de Pierre Joxe et de Philippe Séguin, respectivement premiers présidents de la Cour des comptes de 1993 à 2001 et de 2004 à 2010.
La comparaison a toutefois des limites. Alors que la nomination de Philippe Séguin est intervenue plus de quinze ans après qu’il a été ministre des affaires sociales et de l’emploi (1986-1988), Pierre Joxe venait, quant à lui, du ministère de la défense. Des situations moins problématiques, dit-on au sein de l’institution, que celle d’Amélie de Montchalin qui, de par ses fonctions, est intervenue dans la préparation et l’exécution des budgets de tous les ministères. La dernière expérience ministérielle de Pierre Moscovici, comme ministre de l’économie (2012-2014), remontait, elle, à six années avant sa nomination à la tête de l’institution.
Pardon la République, mais est-ce qu’on pourrait convenir un jour de manière transpartisane, que les ***nominations à vie*** n’ont plus rien à faire dans le fonctionnement d’institutions démocratiques modernes ?
Nota : j’adore la référence de l’article mentionnant que ce cas de figure n’est pas inédit puisqu’il a déjà eu lieu UNE FOIS en 1807 après que le ministre soit révoqué pour une faute de gestion. C’est ce que j’appelle du journalisme taquin.
> Marc Fesneau, le président des députés du MoDem : On est désolé, mais j’imagine que si Jean-Luc Mélenchon était président de la République, peut-être nommerait-il plutôt Eric Coquerel qu’Amélie de Montchalin et il trouverait normal de le faire.
„les autres pourraient faire des choix tout autant mauvais que les notres“
Ok mais c’est pas une bonne justification en fait. Et après ils s’étonnent d’avoir de moins en moins de vote à chaque élection, c’est comme s’ils disaient „si vous êtes pas contents fallait voter pour les autres“.
> Les « fondations » de l’institution restent « solides »
Les fondations de toutes les institutions de la République c’est la crédibilité que le peuple leur accorde. Montchalain n’a même pas réussi à devenir député en terme de crédibilité donnée par le peuple. Et je ne sais pas très bien qui va croire à sa neutralité vu son parcours et son travail sur les précédents budgets.
L’argument avancé par la Macronie qu’un politique peut être président de la cour des comptes ne tient pas : Séguin et Joxe avait des qualités intellectuelles et une indépendance d’esprit avérées. Séguin, Miguaud, Joxe, Mosco étaient surtout des politiques en fin de carrière qui n’attendaient plus grand chose.
Ps : ça me fume de voir encore une fois, que Sarko, un des pires président de notre histoire, une raclure de bidet sur bien des plans, s’est montré beaucoup plus démocrate et respectueux des institutions au cours de son mandat qu’un autre président soi-disant „modéré“