
In der Ardèche steht ein Polizist im Mittelpunkt einer Untersuchung wegen „Gewalt“ gegen Umweltaktivisten
https://www.mediapart.fr/journal/france/211125/en-ardeche-un-policier-vise-par-une-enquete-pour-violences-sur-des-militants-ecologistes
Von Delicious-Owl
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**Après trois signalements visant le même fonctionnaire de police, une enquête a été confiée à l’IGPN mercredi 19 novembre pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ». Les trois plaignants, touts opposants à la déviation de Saint-Péray, témoignent pour Mediapart.**
« J’ai eu l’impression qu’il exerçait toutes les violences possibles pour ne pas laisser de traces », se remémore Camille*. Militant·e non binaire écologiste, iel a été placé·e en garde à vue le 15 novembre et raconte avoir été violenté·e physiquement et psychologiquement par un officier de police judiciaire du commissariat de Guilherand-Granges (Ardèche).
Arrêté·e pour « dégradation » et « participation à un rassemblement non déclaré » lors d’un pique-nique militant organisé par les opposant·es à la déviation de Saint-Péray (Ardèche), un projet routier ayant pour objectif de parachever le périphérique de Valence, Camille témoigne de « doigts dans la bouche », mais aussi de menaces avec un couteau et d’agressions verbales. Son avocat, maître Thomas Fourrey, a adressé un signalement auprès de la procureure de Privas, lundi 17 novembre, qui a ouvert une enquête.
D’après son récit, lors de sa garde à vue, le policier avait saisi l’opinel que détenait Camille lors de son arrestation. « Il a ouvert le couteau à quelques centimètres de mon visage, tout en me menaçant. À ce moment-là, j’avais vraiment eu peur », témoigne Camille.
Selon iel, le policier a mis un coup de pied dans sa chaise, avant de l’attraper par l’oreille et de lui hurler dessus. Dans sa plainte à la procureure, iel décrit également que le policier a menacé de prendre ses empreintes digitales de force, au risque de lui « casser le poignet ».
**Enquête de l’IGPN**
Toujours selon le témoignage de l’activiste, le policier a ensuite placé ses mains sur ses propres fesses, mimant un attouchement, avant d’enfoncer deux de ses doigts dans la bouche de Camille. Il l’aurait ensuite menacé·e de « mettre ses couilles dans sa bouche ». Sollicitée par Mediapart, la préfecture d’Ardèche n’a pas souhaité commenter ces accusations. À son retour en cellule, Camille a fait une crise d’angoisse. Et a finalement été relâché·e sans poursuite judiciaire.
Le parquet de Privas a ouvert le 18 novembre 2025 une enquête judiciaire préliminaire du chef de « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » portant sur les faits dénoncés par Camille. L’enquête a été confiée aux services de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Une enquête administrative a par ailleurs été ouverte au sein de la direction départementale de la police nationale (DDPN) d’Ardèche, précise la préfecture.
L’enquête de l’IGPN porte également sur d’autres faits signalés depuis septembre sur ce même fonctionnaire. Le 11 septembre 2025, deux militant·es s’opposant au même projet routier avaient été placé·es en garde à vue pendant vingt-quatre heures dans le même commissariat. Lors de cette détention, Laure* et Simon* racontent avoir été l’objet de propos homophobes et sexistes.
**Comportements humiliants**
Alors qu’ils roulaient à bord d’un véhicule utilitaire transportant des palettes et leur matériel de travail de cirque, ils sont arrêtés lors d’un contrôle de stupéfiants. Conduits au commissariat, les deux artistes sont placés en garde à vue, suspectés d’« appartenance à un groupe réuni en vue de commettre des dégradations et des violences physiques ».
Ils racontent avoir été sortis du commissariat au bout de quelques heures, et emmenés à l’extérieur du bâtiment avant la perquisition de leur véhicule. Laure dit avoir entendu l’officier de police judiciaire (OPJ) lui dire à deux reprises avoir l’impression qu’elle le draguait et qu’elle avait du désir pour lui. Sous le choc, la jeune femme ne répond pas. Un peu plus tard, selon les deux militant·es, le policer a pris Laure en photo avec son téléphone personnel, sans son consentement.
Le deuxième gardé à vue, Simon, raconte dans sa plainte à la procureure avoir été insulté de « pédé » au détour d’une conversation sur le maquillage contenu dans la camionnette des deux artistes. « C’était beaucoup d’insinuations sexuelles, à caractère homophobe », se remémore-t-il. Sollicitée par Mediapart, la préfecture n’a pas souhaité faire de commentaire.
« Quand j’ai vu l’avocate le lendemain, je me suis retrouvée en larmes. La semaine d’après, j’ai fait des crises d’angoisse », témoigne Laure. « Quand je suis sortie, on m’a demandé comment ça allait physiquement. Je n’avais rien. Mais mentalement, ça ne va pas du tout. » L’enquête judiciaire ouverte dans un premier temps les concernant a depuis été abandonnée, selon leur avocat.
Leur avocat, Thomas Fourrey, a saisi le 25 septembre la procureure de Privas pour des « comportements humiliants et des propos sexistes et homophobes » de la part de cet OPJ. « [Cette alerte] avait fait l’objet d’une transmission et demande d’explications de la part de mon parquet, le 28 septembre 2025, auprès de son autorité hiérarchique », assure Céline Nainani, procureure de Valence.
À ces faits, s’ajoute la plainte d’une élue régionale, Maud Grard, qui témoigne elle aussi d’une agression physique de la part du même officier de police judiciaire lors d’une action militante. Elle raconte avoir été prise par les poignets et repoussée violemment. Ces faits ont été joints à l’enquête en cours de l’IGPN par le parquet de Privas.
Hâte de voir l’enquête classée sans suite.
Non. Vraiment ? Les bras m’en tombent.
Un lundi classique pour Monsieur l’agent
Article de Libération également :
[«On va vous pendre sur le parking à la tombée de la nuit» : en Ardèche, des militants dénonçant des violences policières bientôt entendus par l’IGPN](https://www.liberation.fr/societe/police-justice/on-va-vous-pendre-sur-le-parking-a-la-tombee-de-la-nuit-en-ardeche-des-militants-denoncant-des-violences-policieres-bientot-entendus-par-ligpn-20251122_S3TPWVDQVFCS3H2GOOM53ZQR4U/)
**Après l’ouverture d’une enquête judiciaire par le parquet de Privas, «Libération» a recueilli les témoignages de manifestants écologistes incriminant un fonctionnaire pour des violences verbales et physiques.**
Elle préfère ne pas porter plainte, ne pas déposer ni témoigner auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Car pour Camille (1), «la peur continue à prédominer face à l’institution policière», explique-t-elle à Libération, jointe par téléphone. «Malheureusement, même si je porte plainte, je n’ai pas de preuves de ce qui s’est passé.» Cette militante «de longue date» des causes «écologistes, antiracistes et anticoloniales» accuse un policier de violences physiques et verbales à son encontre lors de sa garde à vue le 15 novembre dans les locaux du commissariat de Guilherand-Granges, en Ardèche.
Son arrestation a eu lieu en marge d’une manifestation pacifique, un «pique-nique festif», organisé dans le cadre de la contestation du chantier de déviation de la route départementale 86, à Saint-Péray. «De ce que je sais du traitement judiciaire des violences, il n’y a pas grand espoir que ça aboutisse», explique celle que le policier mis en cause aurait également tenté d’intimider : «Il m’a dit : on est seul à seul, c’est ta parole contre ma parole, moi aussi, je pourrai porter plainte pour agression, moi aussi, je peux inventer plein de choses.»
**«Propos et comportements contraires à la déontologie»**
Signalés par Me Thomas Fourrey, l’avocat de Camille, à la procureure de la République de Privas, Céline Nainani, les agissements du policier ont donné lieu le 18 novembre à l’ouverture d’une enquête préliminaire pour «violences par personne dépositaire de l’autorité publique», confiée à l’IGPN. Un autre signalement a été joint à la procédure, concernant le même policier, sur des faits qui auraient été commis le 11 septembre sur deux autres militants, un homme et une femme, alors placés en garde à vue, et dont le véhicule a été perquisitionné.
Selon les informations de Libération, ce signalement fait état d’une menace de mort, de violences verbales incluant des propos sexistes et homophobes, pour lesquels les deux personnes seront entendues par l’IGPN dans quinze jours. Ce signalement «des propos et comportements contraires à la déontologie de la part du fonctionnaire de police au cours d’une précédente garde à vue, avait fait l’objet d’une transmission et demande d’explications de la part de mon parquet, le 28 septembre, auprès de son autorité hiérarchique», a confirmé à France 3 le 20 novembre la procureure Céline Nainani.
**«Je sens qu’il dégoupille»**
Le 15 novembre, alors que Camille est occupée à peindre une banderole aux abords du chantier, elle refuse de donner son identité à la police arrivée sur place. Dans ses poches, elle n’a ni papiers, ni téléphone, mais un petit couteau dépliable. Elle est arrêtée, embarquée au commissariat. Une fois à destination, «je demande si je suis en garde à vue, on me dit de me taire et de suivre quelqu’un», retrace la militante.
Ce n’est qu’arrivée «la première fois dans le bureau de l’officier de police judiciaire qu’il me parle de mon arrestation». Soupçonnée de «port sans motif légitime d’arme blanche ou incapacitante de catégorie D», de «dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui» et de «participation avec arme à une manifestation ou réunion publique», elle est ensuite placée en cellule, mais sans que les motifs ne lui soient clairement notifiés. Lors de l’entretien suivant, elle se retrouve seule avec l’officier en question.
Selon le récit de Camille, l’agent juge son «attitude arrogante» vis-à-vis des policiers puis lui «fait tout un sermon» et «mime de [la] frapper avec des codes pénaux, approchés très près de [son] visage». «Je sens qu’il dégoupille dès qu’on est dans le bureau, au moment où je décide de ne plus trop parler, il se lève et shoote dans ma chaise pour la faire tomber, je suis debout, il m’attrape l’oreille, tire très fort, hurle dedans et me dit de me rasseoir», affirme Camille. Les minutes suivantes, «il reste au mieux à un mètre de moi, au pire à quelques centimètres de mon visage, soit en se tenant debout, soit en s’accroupissant», déclare-t-elle.
**«Quoi que je fasse, ça va augmenter le niveau de violence»**
Cette gestuelle aurait été accompagnée de menaces verbales : «Il dit qu’il va foutre ses couilles dans ma bouche, qu’il va me retrouver une fois dehors, avec cette expression :“il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas”.» Puis le policier, selon Camille, «force ses doigts dans [sa] bouche». «J’ai été très très surprise de ça, il n’y a pas de connotation sexuelle, mais c’était la confirmation qu’il pouvait faire ce qu’il voulait.» La militante dit n’avoir pas réagi : «Quoi que je fasse, ça va augmenter le niveau de violence.» D’après son récit, le policier continue : «Il dit qu’il va prélever mes empreintes de force, qu’il ira jusqu’à me péter le poignet lui-même» pour y parvenir.
Après un nouvel aller-retour en cellule, Camille finit par donner ses empreintes à un fonctionnaire de la police scientifique, à qui elle signale les violences de son collègue sans, dit-elle, obtenir de réaction de sa part. Selon nos informations, le parquet de Privas a bien autorisé la prise d’empreinte sans consentement. Or le code de procédure pénale prévoit que «si la personne a demandé l’assistance d’un avocat au cours de la garde à vue, celui-ci est avisé par tout moyen de cette opération et peut y assister» et que «cette opération ne peut être effectuée en l’absence de l’avocat qu’après l’expiration d’un délai de deux heures à compter de l’avis qui lui a été adressé».
**«Ma cliente a eu peur»**
Durant toute sa garde à vue, Camille assure que l’accès à un avocat comme à un médecin ne lui «a pas été proposé». «Et je n’ose pas le demander de peur que ça se retourne contre moi», rembobine la militante, qui s’est sentie «seule et en danger» durant près de neuf heures passées au commissariat de Guilherand-Granges. «Ma cliente a cédé à la prise de ses empreintes, car elle a eu peur», confirme Me Fourrey, averti des faits seulement à l’issue de la levée de la garde à vue de sa cliente.
Avant cela, lors d’un dernier entretien seule avec l’officier, Camille dit avoir fait «le début d’une crise d’angoisse» («je pleure, j’hyperventile, je me balance sur la chaise»), et se serait entendue dire qu’elle est «tarée». Renvoyée en cellule, elle finit par être libérée peu de temps après. Le 11 septembre, c’est le même fonctionnaire de police qui, en menant la perquisition de la voiture de deux personnes également placées en garde à vue, leur aurait lancé : «On va vous pendre sur le parking à la tombée de la nuit», a signalé Me Fourrey à la procureure de Privas.
**«Mouton noir»**
Selon les témoignages joints à la procédure, il se serait adressé à deux reprises à la femme : «J’ai l’impression que tu me dragues», puis : «Que tu as envie de moi.» A l’homme : «Tu dois être pédé toi, hein ? Ouais, c’est sûr, t’es un pédé ou y’en a bien un de vous deux qui est pédé.» «Des témoignages très circonstanciés», selon Me Fourrey. Le conseil des plaignants se «félicite de la réaction du parquet, qui prend au sérieux ce qui a été dit au sujet d’un individu qui a un comportement extrêmement problématique, on verra si ça relève de manquements déontologiques ou pénaux».
Pour la suite de l’enquête judiciaire, ce sont désormais les «témoignages de ses collègues qui vont être déterminants», indique l’avocat : «Auront-ils le courage et l’honnêteté de dire ce qu’il s’est passé ? Est-ce qu’ils ont envie d’avoir encore ce mouton noir dans leur brigade ?» Contactée par l’AFP, la direction de la police nationale de l’Ardèche a indiqué ne pas «commenter une enquête pénale et administrative en cours». Le parquet de Privas, lui, n’a pas donné suite nos sollicitations.
(1) Le prénom a été modifié