Die Vereinigten Staaten stürzen, Frankreich steht am Rande des Abgrunds

https://www.mediapart.fr/journal/france/270126/les-etats-unis-basculent-la-france-au-bord-du-precipice

Von Folivao

8 Kommentare

  1. **Le récit mortifère porté par l’administration Trump depuis que la police tue à Minneapolis gagne aussi du terrain en France. Il prend appui sur un fléau qui ronge la société et cogne chaque jour davantage contre son édifice démocratique, sur fond de crispations identitaires et d’ambitions ultrasécuritaires.**

    aLa vérité alternative de Donald Trump s’est imposée aux États-Unis à une vitesse fulgurante, balayant sur son passage l’édifice des valeurs républicaines et démocratiques de son pays. Elle tente aujourd’hui d’étouffer la colère des citoyen·nes qui refusent de céder à l’autoritarisme d’une administration qui continue de défendre l’action meurtrière de ses forces de l’ordre à Minneapolis (Minnesota), où deux personnes ont récemment été tuées par des agents fédéraux.

    Deux semaines après le meurtre de Renee Good par un agent de la police fédérale de l’immigration (ICE), Alex Pretti, un infirmer de 37 ans, est à son tour mort sous les balles d’un policier le 24 janvier, alors qu’il était en train de défendre une manifestante brutalisée par les agents des services des douanes et de la protection des frontières (CPB). Malgré des images on ne peut plus claires sur les circonstances de ces deux drames, l’administration Trump s’évertue à rejeter la faute sur les victimes, certain·es allant même jusqu’à les accuser de « terrorisme ».

    Ce récit mortifère gagne aussi du terrain en France, où plusieurs personnalités vantent les politiques du président états-unien, se bornant à regretter du bout des lèvres des « accidents » (Marion Maréchal) ou des « erreurs » (Arno Klarsfeld) commises par les agents fédéraux à Minneapolis. « Les accidents arrivent parce qu’il y a des militants d’extrême gauche qui s’interposent dans l’action de cette police », a osé l’eurodéputée d’extrême droite [sur France Inter](https://www.youtube.com/watch?v=12DYCd7nguE), quand Le Journal du dimanche écrit, [toute honte bue](https://www.lejdd.fr/International/etats-unis-les-antifas-traquent-la-police-de-limmigration-de-trump-166163), que ce sont « les antifas [qui] traquent la police de l’immigration de Trump ».

    « Si on veut se débarrasser des OQTF [personnes sous obligation de quitter le territoire français – ndlr], il faut organiser, comme fait Trump avec ICE, des sortes de grandes rafles un peu partout ; mais en organisant des grandes rafles, c’est-à-dire en essayant d’attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière, on commet aussi des injustices », a même lancé sur CNews le juriste Arno Klarsfeld, fils des chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, le jour de la mort d’Alex Pretti.

    Il faut mesurer le niveau abyssal atteint depuis quelques années par le débat public pour que de telles déclarations s’y frayent un chemin aussi naturellement. La fascination exercée par Donald Trump et la galaxie Maga (« Make America Great Again ») sur une partie du champ politico-médiatique français est le dernier symptôme d’un fléau qui ronge la société et cogne chaque jour davantage contre son édifice démocratique, sur fond de crispations identitaires et d’ambitions ultrasécuritaires.

    **Des mots vidés de leur sens**

    Dans cette société sens dessus dessous et cette ère de la post-vérité, les antiracistes sont taxé·es de racisme, les humanistes sont considéré·es comme des ignorant·es, et les antifascistes traité·es comme des ennemis de la République. Cette dérive confinant à la grande bascule est palpable dans les discours proférés à longueur de journée, sur toutes les antennes, par les extrêmes droites, mais aussi par celles et ceux qui prétendent leur faire barrage en construisant des passerelles.

    Le pouvoir macroniste a ainsi plusieurs fois sombré dans un argumentaire qui n’a pas grand-chose à envier à ceux de Marine Le Pen et Donald Trump. Pour délégitimer ses adversaires ou attiser les peurs, Gérald Darmanin n’a par exemple cessé de surenchérir à l’inflation des anathèmes, parlant tour à tour d’« écoterrorisme », d’« ensauvagement » ou de « terrorisme intellectuel de l’extrême gauche ». Emmanuel Macron n’est pas en reste, lui qui avait entonné en 2023 le refrain idéologique des droites extrêmes, en appelant à contrer un curieux « processus de décivilisation ».

    Pour caresser l’air pestilentiel du temps, criminaliser ses opposant·es ou faire taire les voix critiques, l’exécutif a plus d’une fois démontré qu’il était capable de tout, et surtout du pire, notamment dans le registre verbal. En vidant les mots de leur sens et en ayant recours aux infox, ces responsables politiques – qui n’en ont que le nom – ont aussi contribué à rendre toute discussion impossible. Avec eux, la puissance du performatif a remplacé les faits, et « le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing », si cher à Gérald Darmanin, a supplanté les enquêtes statistiques.

    Cette rhétorique a aussi permis d’accompagner la mise en place de politiques répressives, notamment en matière d’immigration. Comme aux États-Unis, ce sujet est devenu en France la variable d’ajustement des personnages politiques sans colonne vertébrale idéologique, en mal d’autorité. À l’image de Gérald Darmanin – encore lui – qui continue depuis le ministère de la justice de polariser le débat sur les « délinquants étrangers », sans jamais questionner les effets des politiques macronistes en la matière.

    Plutôt que de réfléchir à la manière d’accueillir dignement celles et ceux qui, pour des raisons diverses, tentent de rejoindre la France, le garde des Sceaux a récemment préféré « jeter un pavé dans la mare », selon l’expression de CNews, en proposant de suspendre l’immigration pendant « deux, trois ans ». « Sur la question de l’immigration, il faut pouvoir répondre aux besoins de notre peuple », a-t-il plastronné dimanche 25 janvier [sur LCI](https://www.youtube.com/watch?v=G3s-bZflDYE), évoquant la possibilité de consulter celui-ci sur la question des quotas, « même si aujourd’hui la Constitution ne le permet pas ».

    Ce faisant, Gérald Darmanin continue de labourer le terrain du Rassemblement national (RN), qui réclame depuis des années un référendum sur le sujet. Comme il l’avait fait en 2023, en portant depuis la Place-Beauvau une loi entérinant de facto la logique de la préférence nationale et rompant ainsi avec l’égalité des droits, le ministre de la justice se dit prêt à renier nos principes fondamentaux dans le seul but de complaire à l’extrême droite. La ritournelle en est presque lassante.

  2. Parce qu’il y en a encore quelques uns ici à ne pas encore faire le lien entre ce qu’il se passe aux Etats-Unis et ce qui risque de se passer en France, je trouve la tribune bienvenue.

  3. Quand t’invite des Nicolas Conquer & co sur des chaînes d’infos pour qu’ils sucent Trump et mentent ouvertement, faut pas s’étonner que ça monte en France.

  4. BuddyDesigner3502 on

    „On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit; mais quʼy gagnent-ils,
    si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son
    ministère les désolent plus que ne feroient leurs dissensions? Quʼy gagnent-ils, si cette
    tranquillité même est une de leurs misères? On vit tranquille aussi dans les cachots; en est-ce
    assez pour sʼy trouver bien? Les Grecs enfermés dans lʼantre du Cyclope y vivoient tranquilles,
    en attendant que leur tour vînt dʼêtre dévorés.“

    Du contrat social, Jean Jacques Rousseau.

  5. C’est déjà là, quelle différence entre un type comme Retailleau et Stephen Miller? Y’en a un qui s’autorise à dire totalement ce qu’il pense, c’est à peu près tout.

  6. Hot-Explanation6044 on

    Je trouve intéressant le focus de l’article sur Darmanin parce que dans l’ensemble ses sorties manquent grandement de sérieux. Elles sont reactives, même pas vraiment pensées dans une logique de communication claire ou d’idéologie cohérente. C’est des sorties débiles, même pas vraiment populistes ou demago, il y a juste quelque chose de vraiment léger à dire qu’il y aurait un écoterrorisme. Aucun boucher de tourcoing prend ce tocard au sérieux et il s’en fout, tout ce blabla fait partie de son projet personnel d’affirmation et de prise de pouvoir.

    C’est ce qui ressort du documentaire récent sur Macron et l’Ukraine aussi. T’as l’impression que le mec cabotine, qu’il joue à l’homme d’État sans être capable de l’être vraiment. Tu sens le petit banquier qui s’éclate et se frotte les mains de son futur poste à la commission européenne

    Et ce manque de sérieux est un des facilitateurs du facisme parce que les élites qui disent et prnsent n’importe quoi c’est un signal que la réalité ne compte pas et que dans l’ensemble, ils ne croient qu’à la loi du plus fort

    C’est même pas seulement que la bourgeoisie est complice, la désinvolture de ces gens là est tout aussi grave et une forme de traîtrise au peuple assez nouvelle et inquiétante. Je ne sais même pas si c’est comparable à Sarko qui avait au moins le mérite de se prendre au sérieux dans son rôle de petit capo réac.

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